L'inculture pour tous. La nouvelle utopie des politiques culturelles

Avec son dernier ouvrage, c’est à une critique âpre et sans concession que se livre Serge Chaumier, en passant par une généalogie des politiques culturelles et de démocratisation de la culture, aboutissant au constat d’un décentrement plus ou moins assumé de l’impératif culturel au profit d’une extension problématique de la notion de culture et du surgissement irrépressible des industries culturelles.

Son propos est le suivant : « Comment la culture peut-elle être à tous les étages et en même temps les inégalités demeurer réelles et persistantes ? » (p. 13).

Pour appuyer sa démonstration, l’auteur livre un grand nombre de citations ainsi qu’une bibliographie particulièrement fournie.


Voici quelques phrases du livre de Serge Chaumier, L’inculture pour tous. La nouvelle utopie des politiques culturelles, pour donner envie d’aller y voir de plus près :

  • « Il ne suffit pas de permettre une meilleure diffusion des œuvres pour que le public accoure massivement et indistinctement' » (p. 55-56).
  • « Les programmes [scolaires] ont été allégés, se sont vidés de leur substance trop élitiste, un certain nombre de références à la culture populaire ou médiatique a été introduit (…) Il est plus facile de s’arrêter en chemin et de décréter que certains liront Racine, et les autres les publicités. Chacun son environnement, chacun sa culture. Pas d’imposition d’une classe sur une autre. Dès lors, la reproduction sociale est certaine. » (p. 85).
  • « La conjonction historique de deux critiques va faciliter les confusions et le passage à une culture de la consommation, à l’abandon de la vision classique d’émancipation par le savoir » (p. 138).
  • « Les megastructures culturelles seraient moins des diffuseurs de culture que des supermarchés dont la fonction est de se débarrasser de l’antique conception humaniste de la culture, exigeante, aux apprentissages nécessairement longs et studieux » (p. 140).
  • « Renoncer à l’action éducative sous prétexte de non-imposition culturelle, c’est du même coup ouvrir la porte à la mise en question des financements publics. Les industries culturelles peuvent fort bien se charger de pourvoir, et sans doute mieux que l’État, aux divertissements et distractions du peuple. S’il ne s’agit que de loisirs, alors le marché peut subvenir avec efficacité à la chose » (p. 168).
  • « Au lieu d’accepter les efforts nécessaires de médiation pour sensibiliser et convertir de nouveaux élus à l’émancipation des consciences permise par la culture, l’option a été d’ouvrir la définition pour mieux rassembler » (p. 173).
  • « Finalement ce sont les objectifs de fréquentation et de développement économiques et touristiques qui prennent le dessus dans la mise en œuvre de projets culturels » (p. 183).
  • « Les résistances au discours de la marchandisation de la culture se sont effondrées dans le milieu culturel lui-même, pourtant longtemps rétif car parce qu’encore imprégné d’une culture humaniste » (p. 198).

On peut certes ne pas partager le pessimisme de Serge Chaumier (les jeunes gens ne sont pas aussi « incultes » qu’il y paraît, toutes les voies de la médiation culturelle n’ont pas été explorées, certaines formes moins austères de l’accès à la culture « savante » peuvent légitimement être explorées ; quant au combat pour une véritable éducation à l’art à l’école afin de remédier aux inégalités familiales d’accès à la culture, il doit se poursuivre), reste que le dossier constitué par Serge Chaumier est accablant !

Aux responsables professionnels, administratifs et politiques de s’en saisir d’urgence…

Pour consulter le blog de Serge Chaumier : http://www.formation-museographie-museologie.com.

Lecteurs de « L’inculture pour tous », comment réagissez-vous à l’argumentation de son auteur ?

L’INCULTURE POUR TOUS. La nouvelle utopie des politiques culturelles

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=31390

Comme tout est devenu culture, il ne sert plus à rien de se cultiver. Dix ans après sa création, le ministère de la Culture est pris à parti, et Malraux voit son action contestée. L’état qui jusque-là était un vecteur d’entraînement, paraît à la traîne, pire même, il semble entériner aujourd’hui un retrait généralisé au profit des industries culturelles. Pourquoi en sommes-nous arrivés à de telles confusions à l’heure où la démocratisation culturelle, cette belle utopie de porter la culture à tout un chacun, ne veut plus rien dire ?

ISBN : 978-2-296-11248-3 • juin 2010 • 228 pages
Prix éditeur : 23 €

Mise à jour du 20.11.2010 : voir également sur ce sujet http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/11/04/le-ministere-pose-le-cadre-de-sa-nouvelle-doctrine-la-culture-pour-chacun_1435445_3246.html (Nathaniel Herzberg) et http://www.rue89.com/en-pleine-culture/2010/11/10/pour-frederic-mitterrand-le-probleme-de-la-culture-cest-la-culture-1749 (Françoise Benhamou).

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