Leadership et institutions culturelles 3 Le cas du MuCEM

Conçu indépendamment de la programmation de l’opération Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013, le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, musée national décentralisé en région, a suscité nombre de louanges.

Celles-ci portent principalement sur la dimension architecturale du projet (d’un coût de plus de 190 millions d’euros), le bâtiment de Rudy Ricciotti ayant suscité un grand intérêt.

IMG_5062Il convient toutefois de souligner plusieurs points à cet égard.

  1. Si le bâtiment comporte de grandes qualités du point de vue urbain, contribuant à l’émergence d’un nouveau quartier à Marseille, il n’en est pas de même du point de vue muséographique.
  2. L’espace d’accueil est étriqué ; l’orientation est peu claire ; quant aux toilettes (un sujet moins anecdotique qu’il n’y paraît), elles semblent avoir été traitées avec désinvolture.
  3. Il a fallu, peu de temps avant l’ouverture du musée, occulter par d’épais rideaux noirs les baies vitrées imaginées par l’architecte, un non-sens du point de vue de la présentation de collections muséales.

20131030_181317Quant aux chiffres de fréquentation, ils sont pour le moins ambigus.

Le chiffre annoncé – plus d’1,5 million de « visiteurs » depuis l’ouverture au mois de juin 2013 – représente le nombre de personnes ayant déambulé dans les espaces ouverts gratuitement dans le fort Saint-Jean ou dans les coursives du musée (le J4).

Or la fréquentation du musée lui-même – grâce à l’impulsion donnée par l’année européenne de la culture – est satisfaisante (460 000 visiteurs à ce jour, dont 330 000 visiteurs payants représentant environ 20% de la fréquentation totale annoncée).

Le MuCEM risque de susciter le même embarras qu’au Louvre-Lens ou au Centre Pompidou-Metz où, en dépit de chiffres de fréquentation flatteurs, le nombre de visiteurs payants est beaucoup moins élevé qu’espéré par leurs responsables.

Cela suscite une discussion sur le coût de telles opérations au regard des espérances de « retombées » économiques, souvent avancées sur la base d’études préalables sommaires en termes de fréquentation prévisionnelle.

IMG_5029Quoi qu’il en soit, le MuCEM existe à présent et – après nombre de péripéties quant à la définition de son projet scientifique et culturel – il convient désormais qu’il s’inscrive dans la durée.

En termes de leadership, on peut penser que l’actuel président du MuCEM – qui n’est pas un professionnel des musées – souhaitera désormais laisser sa place à un spécialiste capable de donner toute son envergure à l’établissement.

Est-ce également votre avis ?

A lire.

2 réponses

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  1. Charlotte
    Charlotte à |

    Monsieur Tobelem,
    Merci pour votre travail qui est essentiel pour les personnes qui comme moi préparent les concours de la conservation. Je partage votre analyse sur le MuCem. Avec une amie, nous venons de créer un blog culturel sur lequel j’ai écrit un article sur l’histoire de ce musée en m’intéressant aussi aux questions politiques. http://dunregardeurlautre.wordpress.com/2014/02/27/134/

    Nous serions honorées de vous compter parmi nos lecteurs.

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