Location d’oeuvres… en attendant mieux ?

Ce n’est plus seulement un effet d’aubaine (une rentrée d’argent en faisant circuler des œuvres lorsque le musée est fermé pour rénovation, une fois… tous les 30 ans !), cela tend désormais à prendre la forme d’un système de financement : faire circuler des œuvres pour lever des fonds.

C’est ce que confirmait un article de Florence Evin dans le journal Le Monde du 2 octobre 2009 (« Orsay va prêter des tableaux majeurs pendant un an pour 10 millions d’euros »), à la suite d’autres établissements tels que le musée du Louvre ou le musée Picasso.

Dans Le Figaro du 12 avril 2009, l’administrateur du musée d’Orsay indiquait pour sa part : « Chaque fois, nous louons les tableaux. Cela nous rapportera entre 9 et 10 M €, qui serviront à payer leurs déplacements, leur entretien et surtout l’essentiel des travaux du musée. »

Quant au président du Centre Georges Pompidou, il précisait dans le journal Le Monde du 11 mai 2010 : « La location d’expositions – bientôt un ensemble autour de Chagall au Japon, une exposition Rouault en Corée du Sud – nous rapporte 2 millions d’euros par an. »

On ne saurait être plus clair.

Dans le journal Le Monde du 28 décembre 2010, le journaliste Michel Guerrin écrit à propos du refus du musée Picasso (Paris) de prêter des œuvres pour l’exposition Picasso qui se déroule au Kunsthaus de Zurich (http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/12/27/le-musee-picasso-envoie-ses-oeuvres-en-tournee-au-detriment-du-pret_1458042_3246.html) :

« Le musée Picasso a lancé, en 2008, une immense tournée de ses œuvres à travers le monde, et ce jusqu’au printemps 2011. Il s’agit de tableaux loués. L’opération devrait lui rapporter plus de 15 millions d’euros, soit 50 % des coûts de rénovation et d’extension du musée. Le musée Picasso n’a donc pas voulu prêter à Zurich ce qu’il loue à d’autres musées. »

For rent

Cela soulève une série d’interrogations :

  • qu’en pensent les visiteurs, les touristes, les donateurs, les prêteurs ?
  • que faudra-t-il répondre aux tutelles de ces établissements lorsqu’elles diminueront leurs subventions en indiquant aux musées qu’ils ont la possibilité de louer leurs œuvres en contrepartie du manque à gagner ?
  • des musées français n’auraient-ils pas été heureux d’accueillir des œuvres appartenant à un musée national ?
  • un incident majeur sur une œuvre est-il inenvisageable ?
  • a-t-on exploré l’ensemble des pistes de financement possibles (cf. Le Nouvel âge des musées) ?
  • Est-ce la vente d’œuvres pour des raisons financières qui se profile désormais, dans la lignée des propositions du rapport Jouyet-Lévy sur l’économie de l’immatériel ?

Philippe de Montebello, l’ancien directeur du Metropolitan Museum of Art (New York), a clairement pris position pour sa part dans le journal Le Monde du 14 octobre 2007 : « Le prêt est et doit rester gratuit. Nous comprenons que certains pays en voie de développement réclament de l’argent. Mais entre pays développés, c’est inacceptable. »

Il est également utile de rappeler le contenu de la circulaire portant Charte de déontologie des conservateurs du patrimoine et autres responsables scientifiques des musées de France (http://www.icom-musees.fr/uploads/media//Doc_Patrimoine/charte-conservateurs-Circulaire-18avr07.pdf) :

« Les collections des musées de France ne se monnayent pas. Elles ne peuvent être assimilées à une marchandise. Leur prêt ne peut être subordonné à un prix de location, et doit être envisagé exclusivement si un but culturel d’intérêt général le justifie (…) Chaque fois que cela est possible, le conservateur veille à ne pas demander de frais pour la gestion des dossiers de prêt. »

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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