Le tournant culturel du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

Le tournant culturel du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais : perspectives et limites d’une transition vers une économie culturelle et touristique

Lundi 21 mars 2016 – Lens : 9h30 – 19h

Séminaire organisé par l’Université Paris-Sorbonne (ENeC) et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (EIREST).

Edith FAGNONI, Professeure de Géographie, Université Paris-Sorbonne (ENeC UMR 8185 et EIREST) et Géraldine DJAMENT-TRAN, Maître de Conférences en Géographie, Université de Strasbourg (SAGE UMR 7363 et EIREST)

Les territoires en crise, en quête de redéveloppement et de revitalisation, sont particulièrement enclins à regagner une place sur l’échiquier mondial. La spécificité du contexte du Nord-Pas-de-Calais s’entend comme un véritable cas d’école, un « laboratoire » s’inscrivant depuis 2012, avec l’inscription du Bassin minier au Patrimoine mondial de l’humanité et l’inauguration du Louvre-Lens, entre processus de patrimonialisation et processus d’innovation.

Ce séminaire se propose de suivre ce tournant culturel pris par le bassin industriel. Il se déroulera pour partie au Louvre-Lens (auditorium) et pour partie sur le site du 11/19 (terrils, installations de production et cités ouvrières) avec la participation du Pays d’art et d’histoire de l’agglomération de Lens Liévin.

L’inscription du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine mondial de l’humanité (juin 2012) associée à l’ouverture du Louvre à Lens (4 décembre 2012) renvoie à la dialectique patrimoine/modernité. Elle se trouve au cœur du processus de développement/redéveloppement territorial, elle explicite le lien entre mémoire et projet et confirme l’instrumentalisation de la culture dans le développement territorial.

Dans quelle mesure cette double stratégie articulée entre conservation et processus de patrimonialisation et/ou création et processus d’innovation contribue-t-elle à créer une nouvelle dynamique territoriale et une fabrique touristique du patrimoine et de la culture ?

La réalité de ces terrains est à construire, elle s’inscrit dans une maturation en cours et surtout à venir. Elle interroge particulièrement le choix de la catégorie Unesco « Paysage Culturel évolutif », lequel renvoie au rôle que le patrimoine paysager peut exercer sur les sociétés.

En effet, le processus de patrimonialisation interagit avec le processus de territorialisation, d’autant plus que la patrimonialisation a changé d’échelle, pour se déployer sur 3943 hectares (auxquels il convient d’ajouter 18 804 hectares de zone tampon). Cette situation illustre le passage vers une nouvelle approche, qui représente un véritable défi : montrer que ce passé est « vivant », qu’il est adaptable, qu’il est recyclable.

Ce questionnement fait écho à l’actualité du séminaire intitulé « Les Paysages culturels vivants au défi du Tourisme », organisé conjointement par la chaire Unesco et le réseau Unitwin-Unesco « Culture, Tourisme, Développement », l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne / Irest-Eirest, le Centre du Patrimoine Mondial, l’Association des Biens Français du Patrimoine Mondial et Icomos France, qui s’est déroulé à Paris à l’Unesco le 15 décembre 2015. Il fait suite également à la séance organisée par l’EIREST le 07 avril 2014 qui a porté sur la thématique de la patrimonialisation de l’industrie, intitulée : « Economie hyper-industrielle, métropolisation et patrimoine industriel », dont le but avait été d’interroger ce que les nouvelles échelles et tendances en matière de patrimonialisation de l’industrie renseignaient d’un nouveau régime patrimonial en interaction avec la nouvelle étape de mondialisation et sa traduction urbaine. Il croise enfin la problématique de la récente parution de l’ouvrage « Nouveaux musées, nouvelles ères urbaines, nouvelles pratiques touristiques », codirigé par Edith Fagnoni et Maria Gravari-Barbas, aux Presses universitaires de Laval.

L’année 2012 s’entend comme un double « coup de projecteur spectacularisé » alimentant la problématique de l’événement spatial et posant la question de sa durabilité. La communauté d’agglomération de Lens-Liévin ayant obtenu en 2008 le label Pays d’art et d’histoire, comment s’articulent la patrimonialisation mondiale et la patrimonialisation nationale ? Comment continuer à capitaliser respectivement sur l’événement de l’inscription du Bassin minier sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, lequel implique prioritairement la paradoxale mise en tourisme de lieux ordinaires, et sur l’événement lensois, lequel illustre le nouveau paradigme du développement muséal support de l’urbain métropolisé réinventé depuis la fin du XXe siècle, appliqué à une marge métropolitaine ? Comment opérer une « révolution durable » (MIT, 2011) ?

L’objectif est de suivre et de comprendre cette construction/reconstruction, cette mise en tourisme de territoires post-industriels, dans un contexte de diffusion du paradigme de la « créativité ». Située en plein cœur du Bassin minier labellisé Patrimoine mondial de Unesco, la ville de Lens s’entend comme un point d’appui dans une construction/reconstruction territoriale en devenir, au sein de laquelle le tourisme, porté par un emboitement d’échelles – ville, Bassin minier, région (Baudelle, Krauss, 2014) – devra jouer son rôle d’ouverture. Le jeu des échelles est marqué à la fois par un changement de hiérarchie (passage à l’échelle mondiale), par une glocalisation (mise en contact direct entre échelle locale et échelle mondiale) et par des emboîtements. Ce langage des ensembles illustre la nouvelle combinaison territoriale en construction.

Deux nouveaux outils, qu’il conviendra de disséquer, illustrent cette situation dans le Nord-Pas-de-Calais. D’une part, la création d’Euralens en 2009 (structure de développement territorial, qui couvre un ensemble urbain de plus de 576 000 habitants, http://www.euralens.org/labellisation/presentation.html), une association fédérant les acteurs politiques, économiques et sociaux, dont le Louvre-Lens constitue l’épicentre, qui s’entend comme un outil au service des collectivités. Le « label Euralens » vise à faire émerger des projets d’aménagement, à les mettre en réseau et à les valoriser, de façon à accroître l’attractivité du territoire. Il constitue également un catalyseur de métropolisation.

Et d’autre part, la signature récente (25 juin 2015) d’un contrat de destination, outil visant à soutenir les destinations d’exception organisées autour de marques phares du territoire. Pour le Nord-Pas-de-Calais il s’agit de la marque « Louvre ». La construction de la destination ALL « Autour du Louvre Lens » s’entend comme une nouvelle dynamique, elle confirme une volonté forte de capitaliser autour du Bassin minier et du Louvre-Lens et de fédérer les acteurs.

Pour l’heure, le premier objectif du contrat de destination est d’asseoir et de diffuser la marque ALL à l’international en facilitant son appropriation par l’ensemble des acteurs du territoire. L’augmentation de la fréquentation étrangère de la destination ALL sera le deuxième objectif du contrat. Il implique le renforcement de la promotion sur quatre marchés prioritaires (Benelux, Grande-Bretagne, Allemagne et Japon). Le troisième objectif annoncé du contrat vise à structurer et à organiser cette destination pour qu’elle soit compétitive. Le but est de vendre et de développer les courts séjours, sources de retombées économiques.

Le contrat de destination s’entend comme un outil rénové de développement touristique et de coopération. Il vise à mettre en valeur la filière touristique à l’échelle d’un territoire – qui peut être très localisé ou regrouper au contraire plusieurs régions – en associant dans une même démarche l’État, Atout France – qui assure le pilotage -, les collectivités ou leurs satellites et les acteurs privés (Fagnoni, 2015). Cette nouvelle synergie s’entend « comme une réponse concrète à la nécessité d’agir ensemble pour atteindre un même objectif de développement, autour d’une stratégie partagée et coordonnée, d’une marque à notoriété internationale et d’un plan d’action mutualisé réunissant les acteurs clés d’une destination » (http://atout-france.fr/content/contrats-de-destinations).

Valoriser, mettre en projet culturel et touristique

Le développement touristique est à construire et les résultats en terme de développement restent à analyser, à mesurer, à évaluer. Encore incomplets et peut-être discutables, ils permettent néanmoins de réfléchir au fonctionnement du tourisme et à sa nécessité de structurer les espaces et les acteurs, éléments clés permettant d’inscrire un succès dans la durée et accélérateurs potentiels de développement territorial.

La question de l’évaluation de l’équipement muséal dans son territoire d’insertion patrimonial demeure centrale. Celui-ci marque le territoire, au territoire ensuite de se démarquer. L’enjeu actuel consiste à renforcer les liens entre le musée et le/les territoire(s), afin d’éviter la déterritorialisation souvent associée aux musées globaux.

Autour du Louvre-Lens s’entend comme un signe visible d’une co-construction et co-production entre culture, musée, patrimoine, tourisme et développement territorial. La question de la re«vie»talisation territoriale est posée. Elle corrobore la construction de la notion de « destination ». Par ailleurs, la question se pose également de l’articulation à construire avec la métropolisation (touristique) lilloise (Damien, 2004).

Les tensions entre une logique d’insertion dans les logiques dominantes de la mondialisation « créative » et une logique de promotion d’un patrimoine et d’un territoire ordinaires seront également analysées.

Cette approche sera développée tout au long de cette journée, organisée entre communications dans l’auditorium du Louvre-Lens, découverte du musée et de son site, et sensibilisation au territoire du Bassin minier avec la découverte du site emblématique du 11/19 (terrils, installations de production et cités ouvrières).

Par ailleurs, cette journée sur le tournant culturel du Nord-Pas-de-Calais, permettant d’aborder et de suivre l’après inscription du Bassin minier Nord-Pas-de-Calais sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Humanité au titre de Paysage Culturel Evolutif conjuguée à l’inauguration d’un Louvre à Lens, sera suivie – en octobre 2016 – d’une journée consacrée au patrimoine industriel de banlieue, référent du patrimoine ordinaire ou vernaculaire.

Louvre Lens ALL

Le programme

Le déroulement de cette journée est articulé entre communications
(Auditorium du Louvre à Lens) et visite de terrain (site du 11/19 : terrils, installations de production et cités ouvrières, et le musée du Louvre)

9h30 : Accueil au Louvre Lens

9h45 : Edith FAGNONI
Professeure de Géographie, Université Paris-Sorbonne, Membre du laboratoire ENeC, (Espaces, Nature et Culture, UMR 8185) – Université Paris-Sorbonne Paris IV et membre de l’EA 7337 EIREST (Équipe Interdisciplinaire de REcherche Sur le Tourisme) – Université de Paris1-Panthéon-Sorbonne, Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF).
Présentation. Problématique

10h : Luc PIRALLA
Conservateur du patrimoine, Chef du service conservation du Louvre-Lens
Un Louve à Lens : un projet improbable ?

10h30 : Jean-Michel TOBELEM
Docteur en sciences de gestion HDR, professeur associé à l’IREST – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Option Culture
Le Louvre-Lens peut-il répondre aux attentes et aux besoins du territoire ?

11h : Catherine BELTRAM
Directrice de la Mission Bassin Nord-Pas-de-Calais
Le Bassin minier Nord-Pas-de-Calais : de l’inscription du Patrimoine mondial aux nouvelles dynamiques territoriales en construction

11h30 : Norbert CROZIER
Chef de projet Mission Louvre-Lens Tourisme
« Autour du Louvre Lens » (ALL), une destination internationale émergente

12h : Bernard MASSET
Délégué général d’Euralens
La culture, catalyseur d’une identité territoriale affirmée

12h30-13h15 : déjeuner

13h15 – 15h45 : visite guidée : Du Louvre-Lens à la Base 11/19
Balade pédestre proposée par le Pays d’art et d’histoire de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin.
Au pied des plus hauts terrils d’Europe, entre cités minières et anciens sites d’extraction du charbon, le guide vous révèle l’histoire et la mutation d’un territoire singulier.
La visite permettra d’appréhender la richesse du Bassin minier Nord-Pas-de Calais inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et les enjeux de sa reconversion au travers de projets qui, à l’image du Louvre-Lens et de la Base 11/19, ont pour ambition de dessiner le territoire de demain.

15h45 – 16h30 : visite libre du musée du Louvre

16h30 : Marina GASNIER
Maître de conférences HDR – Histoire des techniques/patrimoine industriel, Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, Laboratoire IRTES-RECITS (EA 7274)
Patrimonialisation des espaces industriels par le développement économique : la voie du patrimoine en mouvement

17h : Anne-Cécile MERMET, Mathilde PARQUET et Emmanuelle SANTOIRE
ATER ENS de Lyon, UMR EVS/EA EIREST
Mathilde PARQUET est Etudiante à ENS de Lyon, Master2 Interface Nature Société
Emmanuelle SANTOIRE est Elève à l’ENS de Lyon, Master1 MEEF Agrégation
Friches industrielles en Lorraine, acteurs et logiques de requalification. Entre rejet, indifférence et appropriation

17h30 : Sylvain PETIT
Maître de Conférences en Economie, Université de Valenciennes, Laboratoire (Institut du Développement et de la Prospective (IDP) (EA 1384)
Héritage industriel et tarification dans l’hôtellerie: une analyse hédonique appliquée au Nord Pas-de-Calais

18h : Jean SCOL et Adeline SKRZYPCZYK
Jean SCOL est Maitre de Conférences en Géographie, Université de Lille 1 Sciences et Technologies, UFR de Géographie et Aménagement, Laboratoire Territoires, Villes, Environnement et Société (TVES, EA 4477)
Adeline SKRZYPCZYK est Doctorante en Géographie en contrat CIFRE (Ville de Loos-en-Gohelle), Laboratoire Territoires, Villes, Environnement et Société (TVES, EA 4477), Université Lille1–Sciences et Technologies
Le tourisme et les loisirs au service de la mutation des territoires post-miniers : l’exemple de la commune de Loos-en-Gohelle

18h30 : Maria GRAVARI-BARBAS
Architecte, Professeure de Géographie, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Directrice de l’IREST et de l’EIREST, Chaire Unesco
Synthèse, bilan, perspectives

Fin 19h

INSCRIPTION

Dans la limite des places disponibles, l’inscription à ce séminaire « Le tournant culturel du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais : perspectives et limites d’une transition vers une économie culturelle et touristique » est gratuite mais obligatoire.

Pour vous inscrire, nous vous invitons à envoyer un mail aux organisateurs, conjointement à : e.fagnoni@wanadoo.fr ; geraldine.djament@wanadoo.fr

A titre d’information trajet depuis Paris :
TGV : Départ Paris gare du Nord 07h43 – Arrivée Lens 09h02 (navette Louvre-Lens à 09h30). Retour Départ Lens 19h45 – Arrivée Arras 19h56 – Départ Arras 20h17 – Arrivée Paris 21h08

 

 

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