« L’effet musée »

L’effet musée

Voici la présentation du dossier de la revue Urbanisme consacré aux musées (n° 397, été 2015).

Editorial

Par Hélène Hatzfeld et Antoine Loubière

A l’heure où les musées sont appelés à la rescousse du développement territorial et de l’attractivité touristique, il est tentant de ne les considérer que comme des outils économiques, dont on mesure l’impact en retombées commerciales, créations d’entreprises et installation de nouveaux résidents bien dotés.

L’intérêt porté aux musées est alors fonction de la capacité de régénération ou de transformation attendue du territoire.

Ce dossier propose de décaler le regard. Au-delà des figures très médiatisées du Louvre-Lens ou du MuCEM, il témoigne de la diversité des impacts réels.

Boris Grésillon apporte ainsi son regard de géographe culturel sur la greffe du MuCEM dans un quartier populaire marseillais et Jean-Michel Tobelem son analyse d’expert des mutations du tourisme culturel dans un contexte de concurrence territoriale exacerbée.

Plus largement, ce dossier s’intéresse à la façon dont, au quotidien, à l’écart des haut-parleurs, la plèbe des musées travaille le territoire et est travaillée par celui-ci.

Quelles relations culturelles, sociales, politiques se tissent et se recomposent au gré des mutations des territoires ?

La vision proposée est principalement celle d’acteurs directement impliqués par leurs responsabilités culturelles et patrimoniales.

LE TERRITOIRE MULTIPLE DU MUSÉE

Le territoire en jeu est le territoire urbain dans toute la gamme de ses emboîtements administratifs, de ses hiérarchies symboliques, des imaginaires qu’il suscite, du territoire national à l’espace de relégation, des interprétations identitaires aux fenêtres ouvertes sur le monde.

Au fil des contributions et entretiens, surgissent les questions que suscitent les relations des musées avec la diversité de ces territoires, proches ou lointains : installé dans un quartier de centre-ville, comment un musée municipal se fait-il l’écho de toute la ville, y compris de celle qui ne le fréquente pas ?

À quel territoire s’adresse un musée national installé en périphérie urbaine ?

Comment son lieu d’implantation influe-t-il sur son image et sur son rôle ?

Entre ville et territoire se jouent tantôt les superpositions propices à l’affirmation d’une culture locale donnée comme singulière, tantôt les décalages offerts par des ailleurs proches, des arrière-pays, des envers qui donnent sens à la ville, tantôt encore les échappées vers des lointains, ceux des immigrations et émigrations qui pulsent les extensions et rétrécissements des espaces vécus.

Ces relations entre musées et territoires se font aussi l’écho des mutations en cours des échelles urbaines : de la commune à l’agglomération, à la métropole, au département, et même aux régions redécoupées.

DES MUSÉES CULTIVATEURS

Quand on pense aux musées, on pense souvent «musée d’art ».

Mais ceux-ci ne sont qu’une petite partie d’un vaste ensemble très divers.

Parmi les 4000 musées recensés en France, 1 218 musées ont le label « Musée de France » attribué par le ministère de la Culture 1/, dont un tiers seulement sont des musées d’art, les musées d’histoire un autre tiers, le dernier tiers étant constitué par les musées de société et civilisation suivis par les musées de nature, sciences et techniques. 82 % des Musées de France sont la propriété de collectivités locales et 13 % d’associations ou fondations.

Ce dossier est surtout consacré aux musées qui, par leurs collections et leur projet, sont en interaction avec un territoire qui n’est pas donné comme évident, mais à la fois questionné et questionnant : musées d’histoire, de société, d’art et d’industrie, écomusées, muséums d’histoire naturelle…

Le musée qui nous intéresse ici, c’est le musée cultivateur, pour reprendre l’expression de Francis Duranthon, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, le musée qui laboure son territoire et le rend fertile.

Conservateurs du patrimoine, ou issus du monde universitaire, ou encore formés par un parcours associatif et des mobilisations, tous témoignent à la fois de la diversité des représentations des territoires, du rôle qu’ils jouent dans l’interprétation des mutations à l’œuvre, des choix qu’ils font pour concrétiser ces relations au sein de leur musée et être acteurs de ces mutations.

Le dossier est complété par des enquêtes journalistiques dans le Nord – Pas-de-Calais qui se revendique « région des musées», et à Rodez qui accueille depuis un an le Musée Soulages.

Si les musées et les territoires sont de plus en plus liés, c’est bien parce qu’ils mettent en partage la recomposition de leurs identités.

 

Sommaire

Auteurs

Urbanisme 2015

Edito
(in extenso)
Hélène Hatzfeld et Antoine Loubière

© D.R.
Quels musées pour quels territoires ?
Hélène Hatzfeld

Parcourant plusieurs contributions de ce dossier, Hélène Hatzfeld dresse un panorama des relations entre musée et territoire et en propose une typologie.

Les relations entre les musées et les territoires sont souvent occultées par les débats suscités par une architecture exceptionnelle et des expositions attractives d’œuvres d’art. Mais la diversité des musées, qui sont majoritairement d’histoire, de société, ou de sciences et techniques, invite à s’interroger sur la façon dont musées et territoires dialoguent, se reflètent, s’imbriquent, se questionnent, deviennent des acteurs de projets de transformation et de mobilisation.

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© GER Spendel
Écomusée de Marquèze dans les Landes

© D.R.
Musée Jean Garcin (Fontaine-de-Vaucluse)
Encadré
Le Museo Diffuso de Turin
(in extenso)

L’écomusée urbain, selon Daniele Jalla, a pour finalité d’« interpréter et rendre compréhensible auprès des habitants de Turin actuels et à venir la ville contemporaine ». Ainsi « [l’écomusée] s’insère dans une perspective de promotion de la citoyenneté active et d’une politique culturelle participative et intégrante, avec l’objectif de faire émerger des identités collectives inédites et un sentiment d’appartenance nouveau » 1/ Sous la responsabilité des circonscriptions de la ville, les antennes écomuséales se structurent autour d’un « projet de recherche, d’activité et de valorisation du patrimoine », dont les lignes de force sont déterminées annuellement avec la participation de représentants de la société civile.

Notes

1/ Camille Vilain, « L’écomusée urbain de Turin : un instrument patrimonial pour le développement de la métropole ? », Master professionnel 2, Stratégie des échanges culturels internationaux, 2007, Université Lyon 2, sous la direction de Luc Gruson.

Encadré
Les musées de la petite patrie
(in extenso)

Le musée Savoisien, ouvert au public en 1913, mais conçu avant même l’annexion de la Savoie par la France en 1864, constitue un exemple. « Le choix du terme “savoisien”, identitaire, considéré comme “noble” par rapport à “savoyard” considéré comme péjoratif, renvoie bien à l’époque des Heimatmuseem – musées de la petite patrie de la fin du xixe au début du xxe siècle », souligne le projet scientifique et culturel du musée. La Ville de Chambéry et le département de Savoie se sont longtemps disputé sa gestion, comme symbole d’une identité locale ayant valeur nationale.
La localisation du musée, plusieurs fois déménagé, ne prend sens que par rapport au caractère emblématique du pouvoir de l’État central (Palais de Justice) ou patrimonial (château, cloître) mais le territoire de référence est national, non urbain. Les musées de la petite patrie font entrer les revendications ou expressions régionalistes (en Savoie, dans le Dauphiné, en Provence…) dans l’État-nation dont ils sont une représentation dans son unité et son universalité.

Encadré
Indochine de Provence à Fontaine-de-Vaucluse
(in extenso)

À Fontaine-de-Vaucluse, le musée départemental Jean Garcin consacré à l’histoire de la Résistance s’est emparé d’un fait largement oublié : la mobilisation par l’armée française de plusieurs milliers de jeunes gens dans la colonie indochinoise, en 1939, pour travailler dans les poudreries de la métropole, et leur installation dans des cantonnements.
Il en a retrouvé les traces dans l’urbanisme d’un bourg proche, Sorgues, dans les archives, et dans la mémoire des habitants actuels et des descendants des immigrants. L’enquête a donné lieu à une exposition itinérante, « Indochine de Provence. Le silence de la rizière », qui a notamment été présentée sur place, à un livre 1/ et à la constitution de nouveaux réseaux de relations avec les habitants.

Notes

1/ Indochine de Provence. Le silence de la rizière, Actes Sud, 2012.

© D.R.
D’abord un projet scientifique et culturel
Sylvie Grange, conservatrice en chef du patrimoine

Avant d’être un bâtiment à l’architecture plus ou moins forte, un musée est d’abord une collection, puis un projet la mettant en valeur, enfin un ou des récits pour ses visiteurs.

Quelle est l’acception courante du terme de musée ? Ne pas transformer ceci ou cela – une ville par exemple – en musée, c’est-à-dire en objet mort, en lieu privé de vie. Professer un lien existentiel, infusant, dynamique, et donc dépourvu de toute morbidité, entre les musées et leur environnement, immédiat ou imaginaire, géographique ou sensible, c’est assumer d’emblée qu’on part de loin pour traiter du sujet. Et pourtant !

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© Sylvie Grange
Musée des beaux-arts et d’archéologie de Valence

© Sylvie Grange
Le Musée Gadagne dans le Vieux Lyon

© Sylvie Grange
Vue à partir du Musée des beaux-arts et d’archéologie de Valence
En prise directe avec la ville
Laurent Védrine, directeur du Musée d’histoire de Marseille

Situé au cœur de la ville, le Musée d’histoire de Marseille restitue 2600 ans d’histoire maritime et portuaire tout en ayant le souci du monde contemporain et des habitants actuels.

Le Musée d’histoire de Marseille bénéficie d’une situation singulière, à ma connaissance unique en Europe. En effet, il est installé entre, d’une part, un site archéologique comprenant l’ancienne porte monumentale de la ville hellénistique et la voie antique, grecque puis romaine qui structure l’espace urbain antique jusqu’au fort Saint-Jean et au MuCEM et, d’autre part, un centre commercial auquel il est accolé. Ce musée est né en 1983, d’un rapport de forces entre un projet d’aménagement et un patrimoine archéologique à sauvegarder exhumé lors d’importantes fouilles urbaines.

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© Musée d’histoire de Marseille/Ville de Marseille
Le Musée d’histoire de Marseille et le site archéologique de la Bourse

© Sylvie Grange

© Musée d’histoire de Marseille
L’entrée de Marseille à l’époque romaine, extrait de l’application numérique « Voie historique »
Encadré
La maquette d’un quartier auto-construit
(in extenso)
Laurent Védrine

Nous avons notamment l’intention de travailler avec un groupe d’habitants, des associations, des personnes connaissant bien le quartier de l’Estaque, sur un objet qui intrigue, qui interpelle, qui cristallise parfois les passions, parfois des tensions : la maquette d’un quartier auto-construit, aujourd’hui disparu. Appelé par certains « bidonville », il s’agit d’un quartier bâti dans l’urgence, une intervention directe des habitants pour construire leur chez-soi, avec un savoir-faire utilisant des matériaux en dur mais sans assainissement ni eau courante. Des étudiants en architecture, conduits par un enseignant, se sont intéressés à ce quartier, en ont réalisé un relevé avant sa destruction en 1997 puis une maquette 1/. Celle-ci témoigne d’un moment de l’histoire urbaine.
À partir de cette maquette, nous souhaitons monter un projet avec une partie de ses habitants et avec des acteurs de cette collecte d’éléments contemporains : pour montrer ce qu’il y avait avant et ce qu’il y a eu après la destruction du quartier, adjoindre des films, des témoignages, des photographies et construire un texturage de la maquette avec les habitants. Lors des journées d’étude organisées en avril 2014 2/, une habitante a par exemple dit que la maquette était presque trop belle, que les murs n’étaient pas aussi blancs… Les nouvelles technologies peuvent aussi permettre d’être au plus près à la fois de l’expérience des habitants et de la connaissance scientifique sur l’histoire de la ville. Ce projet peut paraître une petite goutte d’eau dans la compréhension qu’apporte un musée à une histoire de ville mais, dans sa dimension participative, il nous semble être une clé d’entrée intéressante.

Notes

1/ Association Face à Face – architecture urbaine de proximité animée par l’architecte Bertrand Reymondon. La maquette est intitulée « Hommage aux auto-constructeurs ». 2/ Journées d’étude organisées les 17 et 18 avril 2014 par l’association Approches Cultures et Territoires, le Musée d’histoire de Marseille et le Groupement d’intérêt scientifique «Institutions patrimoniales et pratiques interculturelles ». Compte rendu sur www.ipapic.eu

« Aux portes de Paris, une histoire en tension »
Propos recueillis par H. H.

Entretien avec Luc Gruson, directeur de l’Établissement public du Palais de la Porte dorée*.

Le Musée national de l’histoire de l’immigration est installé à la limite est de Paris, à l’entrée du bois de Vincennes, dans le Palais de la Porte dorée. Comment définiriez-vous son territoire ?
Luc Gruson : Les musées nationaux ont vocation à parler de la nation. Leur ancrage dans le territoire paraît donc moins constitutif de leur identité. Par ailleurs, beaucoup des musées nationaux se trouvent à Paris, puisque c’est là que sont les symboles de la République. Il y a donc une espèce de confusion entre leur définition nationale, leur implantation parisienne et la vocation de ces musées. A contrario, des musées d’histoire locale semblent avoir par définition une vocation territoriale. Mais le cas du Palais de la Porte dorée est singulier.

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Notes

*/ PRÉCISION
Le 4 juin 2015, Hélène Orain a été nommée directrice générale de l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée, succédant ainsi à Luc Gruson qui exerçait ces fonctions depuis 2010.

© Mathieu Nouvel
La mémoire de l’exil républicain espagnol
Jordi Guixe

Installé dans la ville-frontière de La Jonquera, le Musée mémorial de l’exil s’inscrit dans un réseau des lieux de mémoire, tant côté espagnol que côté français.

La réalisation du Musée mémorial de l’exil (MUME) fut impulsée par la municipalité de La Jonquera, avec l’aide du programme Feder-Interreg III-A de la Commission européenne. D’autres administrations catalanes ont également participé au financement du projet (Generalitat de Catalogne, Conseil général de Gérone). Il s’agit donc d’un projet local qui bénéficie d’un financement régional. L’ensemble du processus d’élaboration, de conception et de financement s’est déroulé sur huit ans (2000-2008).

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© Xevifguell-2008
Encadré
Une équipe transfrontalière
(in extenso)

Le Musée mémorial de l’exil a été conçu par une équipe d’architectes transfrontalière : Rafael de Cáceres et Philippe Pous. Le bâtiment couvre une surface totale de 1 444 m2, dont un espace d’exposition de 494 m2. Quant au projet muséographique, il a été élaboré par les historiens Enric Pujol et Jaume Santaló, en collaboration avec le scénographe Ignasi Cristià. La narration historique se fonde sur cinq points clés : une définition générale de l’exil, l’exil républicain espagnol du 1939, l’exode (la Retirada), les parcours et histoires de vie, et la mémoire ou l’héritage de cet exil. Le musée comporte également une petite salle d’expositions temporaires et de conférences ainsi qu’un atelier pédagogique qui accueille des écoliers. Il s’appuie sur un conseil scientifique. D’étroites relations ont été nouées avec d’autres lieux de mémoire proches : la Vajol, Agullana i Portbou du côté espagnol ; Elne, Rivesaltes, Argelès et Collioure du côté français 1/.

Notes

1/ Miquel Serrano, Itinerarios y rutas del exilio, étude inédite réalisée par un historien lié à l’université de Gérone et au Musée de l’exil. Il a travaillé sur les lieux de mémoire de l’exil républicain espagnol et a collaboré à la conception des itinéraires balisés et au travail de recherche sur le territoire.

Encadré
Exils passés, exils présents
(in extenso)
Jordi Guixe

L’exposition permanente propose un parcours très documenté, notamment en matière audiovisuelle, porté par une importante recherche muséographique.
Quasi unique en Europe et ailleurs, ce musée hautement emblématique n’a toutefois pas saisi l’opportunité de proposer une approche plus sociale, plus multiculturelle, plus contemporaine des débats sur les « exils » et les migrations, thèmes qui vont être largement développés dans les politiques publiques à l’échelle nationale et surtout européenne. Il est vrai qu’une exposition permanente impose une narration figée.
Et la socialisation des Mémoriaux reste un défi, surtout quand l’équipement se trouve dans un petit village des Pyrénées. Par ailleurs, on communique beaucoup sur les intellectuels et les personnages politiques, mais moins sur l’histoire sociale, celle des anonymes et des exilés, comme le relevait Walter Benjamin 1/. En tout cas, il manque au musée une salle spécifique qui relie passé et présent, notamment le présent local et le présent international.

Notes

1/ « Il est plus difficile d’honorer la mémoire des êtres anonymes que celle des personnes célèbres. La construc- tion historique se consacre à la mémoire de ceux qui n’ont pas de nom. » Walter Benjamin. Ces mots sont gravés dans le mémorial « Passages » conçu par Dani Karavan à Portbou (photo).

© D.R.
S’émanciper du territoire ?
Julie Corteville, conservatrice en chef du patrimoine

Au Musée français de la photographie, implanté dans un département francilien, c’est la collection qui fait territoire et engendre de multiples relations avec son environnement.

La plupart des musées de société sont nés d’une volonté politique, d’un désir ou d’une revendication du territoire et de ses acteurs. Ils ont élaboré leur projet au plus près de cet espace géographique et culturel construit sur de multiples représentations en tension.
Le rôle du musée, dans ce contexte, consistait à répondre à la diversité de ces demandes sociales et politiques en tentant de déconstruire les lieux communs, de mettre en perspective les témoignages pour finalement livrer un récit critique mais « cohérent » et unifié. Cette approche compréhensive du territoire, qui cherche à le comprendre dans toutes ses dimensions, faisait office de miroir tendu à ses habitants, dans lequel ils étaient censés se reconnaître, voire s’admirer dans ce que leur territoire avait de plus singulier ou de plus remarquable. Ces musées de territoire ou de société ont ainsi accompagné les profonds changements sociaux du xxe siècle qui ont pu être qualifiés de deuil identitaire : déprise industrielle, désertification rurale…

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© Musée français de la photographie

© Musée français de la photographie
Ouvert sur la ville du ruban
Nadine Besse, conservatrice en chef du Musée d’art et d’industrie

Le musée abrite une collection de rubans mais propose aussi des parcours dans les anciennes fabriques, patrimoine architectural à préserver.

Dotée d’une importante collection de rubans, la ville de Saint-Étienne concentre un étonnant patrimoine bâti rubanier : constituant les deux-tiers du bâti à la fin du xixe siècle, il comportait non seulement les immeubles de fabricants donneurs d’ordre du centre-ville, mais aussi deux milliers de « fabriques », maisons-ateliers de tissage étagées sur les collines.

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© Nadine Besse
« Interroger l’image de la Provence »
H. H.

Entretien avec Dominique Serena Allier, historienne, conservatrice du Museon arlaten.

Le musée s’intitule d’Arles (arlaten en provençal). Institutionnellement, il a pour territoire un département, celui des Bouches-du-Rhône, mais les visiteurs viennent y chercher la Provence. Et la réforme territoriale rend le territoire encore plus incertain. Comment vous situez-vous ?
Dominique Serena Alliern : Ce qui compte, c’est le territoire mental, celui d’une réalité vécue qui change très vite. Peu importe à quelle entité on sera rattaché. Depuis sa création par Frédéric Mistral à l’extrême fin du xixe siècle, le musée présente une image de la Provence. On en a fait celle de la Provence éternelle, qu’il a largement contribué à inventer. Le projet du musée qui rouvrira en 2018 consiste à interroger cette image et à parler de la Provence d’aujourd’hui, dans sa complexité.

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© Sylvie Grange
Fertiliser le territoire
Francis Duranthon, directeur, et François Gurtler, chargé du développement

Le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse développe des pratiques «hors les murs», en direction des voyageurs de l’aéroport de Blagnac comme des acteurs des quartiers.

Contrairement au Muséum national placé sous la tutelle conjointe des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et de l’Environnement, le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse (MHNT) n’a plus de vocation directe de recherche et d’enseignement. Il est aujourd’hui un service de la Ville et sera demain un service de la Métropole. Son seul lien avec une institution nationale réside dans son statut de « Musée de France », relevant du ministère de la Culture, qui lui confère des obligations et quelques avantages.

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© Muséum d’histoire naturelle de Toulouse (MHNT)
Les jardins du muséum dans le quartier Borderouge
Une philosophie de la rencontre
Hélène Lafont-Couturier, directrice

Le Musée des confluences a tout pour être le nouvel emblème culturel lyonnais. Son ambition est de permettre de parcourir l’aventure humaine.

Le Musée des confluences a ouvert ses portes au public le 20 décembre 2014. Il s’agit d’un projet inédit dans l’univers multiple des musées actuels.
Au-delà d’un emplacement géographique qui le définit, le Musée des confluences est une philosophie de la rencontre, un goût de l’échange et une intelligence des regards croisés. Situé au confluent du Rhône et de la Saône, ce bâtiment conçu par l’agence autrichienne Coop Himmelb(l)au s’articule entre cristal et nuage, entre minéral et aérien. Une architecture remarquable au sens vrai du terme, qui est aussi la transcription d’un défi, celui de donner à voir et comprendre ce que Claude Lévi-Strauss nommait « l’arc-en-ciel des cultures humaines ».

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© Quentin Lafont
Patrimonial et participatif
Alexandre Delarge, conservateur

L’écomusée du Val de Bièvre est le second écomusée urbain créé en France, en 1979. Son histoire témoigne de liens de plus en plus étroits avec les habitants.

En 1950, Fresnes est un village de 5 000 âmes ; en 1970, une ville de 23000 habitants. Les traces du passé disparaissent, ce qui conduit des habitants à demander la création d’un écomusée dès 1976. Le territoire travaille le musée.
L’activité des premières années est entièrement consacrée au passé. Sans réel lieu d’exposition et de stockage, l’écomusée se consacre surtout à des expositions légères et à la collecte orale et documentaire. Les habitants transmettent leur mémoire. Le territoire et le musée sont en symbiose.

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© Alexandre Delarge
« La région des musées » ?
Bertrand Verfaillie

À des fins d’image et d’économie touristique, le Conseil régional Nord – Pas-de-Calais tente d’exploiter la mine de ses collections muséales.

« Mon Dieu ! dit-il, on pourrait aller au musée […] Il y a des antiquités, des images, des tableaux, un tas de choses. C’est très instructif… Peutêtre bien que vous ne connaissez pas ça. Oh ! C’est à voir, au moins une fois ». Signé : Emile Zola. La Région Nord – Pas-de-Calais a choisi cet extrait de L’Assommoir comme épigraphe au dossier de présentation de son projet « La région des musées ». Et ce n’est pas un hasard… L’auteur de Germinal est ici convoqué pour surprendre, intriguer et finalement inviter à un changement de perspective. Entre l’image largement répandue des terrils et la floraison culturelle que la collectivité veut faire connaître, la pente est encore rude à remonter.

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© Max Lerouge
Lille Métropole Musée d’art moderne (LaM) situé au coeur du parc urbain de Villeneuve-d’Ascq (Roland Simounet, 1983, Manuelle Gautrand, 2010, arch.)
Du symbole à la réalité
Bertrand Verfaillie

Trop beau pour être négligé par le territoire, le Louvre-Lens ne peut cependant donner plus que ce qu’il a. Se promettant de rompre avec leurs vies antérieures, les deux partenaires apprennent à cohabiter et à coopérer.

Daniel Percheron, le président (PS) du Conseil régional Nord – Pas-de-Calais se plaît à raconter l’anecdote : c’est en lisant le journal Le Monde, un jour de mai 2003, qu’il a découvert le projet de décentralisation de quelques grands équipements culturels nationaux. « Le Nord – Pas-de-Calais s’est aussitôt positionné, explique-t-il. J’ai fait savoir au ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, que nous souhaitions accueillir un Louvre 2 sur notre sol et que nous étions prêts à y mettre le prix ». Rapidement, plusieurs villes postulent. Valenciennes, Boulogne-sur-Mer, Arras excipent du fait qu’elles entretiennent déjà de riches musées, comme un gage de savoir-faire. Amiens la Picarde se mêle à la compétition, s’appuyant sur son patrimoine. Et une candidature émerge timidement de l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais, couvée par le président de la Région, celle de Lens.

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© Association Euralens, 2013
Lille Métropole Musée d’art moderne (LaM) situé au coeur du parc urbain de Villeneuve-d’Ascq (Roland Simounet, 1983, Manuelle Gautrand, 2010, arch.)
« Louvre-Lens a remis en mouvement un système bloqué »
Propos recueillis par Antoine Loubière et Annie Zimmermann

Entretien avec Jean-Louis Subileau, Grand Prix de l’urbanisme 2001, gérant d’Une fabrique de la ville, qui accompagne la démarche Euralens depuis l’origine.

Le Louvre-Lens est-il un accélérateur de développement territorial ?
Jean-Louis Subileau : Oui. On ne peut plus aujourd’hui imaginer Lens sans le Louvre. Il y a eu 900000 visiteurs la première année, alors qu’auparavant la plupart des gens étaient incapables de situer Lens sur une carte de France. Bien qu’ayant dirigé Euralille pendant treize ans, je ne m’étais jamais rendu à Lens. Les Lillois ignoraient le bassin minier. Le Louvre-Lens a eu un fort impact local. Il a bousculé les pratiques et interrogé profondément les élus. Quant à la population, elle est un peu sidérée, fière d’accueillir un musée de renommée mondiale ; je ne dis pas qu’elle soit toute convaincue, le vote Front national montre qu’il y a encore du chemin à faire. Mais, en tout cas, un système de villes largement bloqué a été remis en mouvement. En 2008, Lens et Liévin se regardaient encore en chiens de faïence, et leur communauté d’agglomération était très faible, avec très peu de pouvoirs délégués. Il y avait très peu d’actions communes avec les communautés d’agglomération voisines d’Hénin-Carvin (CAHC) ou d’Artois Comm (Béthune-Bruay) sauf dans le domaine des transports collectifs. Alors que 600000 habitants vivent dans ce continuum urbain, cette métropole « de fait » n’avait pas conscience d’elle-même.

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© Thomas Bartel
Un succès à inscrire dans la durée
Par Antoine Loubière

La communauté d’agglomération du Grand Rodez a le souci de pérenniser la forte fréquentation du Musée Soulages par une programmation ambitieuse d’expositions temporaires et par sa complémentarité avec les autres musées.

Pour son premier anniversaire, le Musée Soulages la joue modeste. Alors que les chiffres de fréquentation sont excellents – plus de 250000 visiteurs en un an –, l’institution créée dans la ville natale du plus grand peintre français vivant a simplement organisé une matinée de débat, le samedi 30 mai, dans un amphithéâtre de l’université voisine, en présence de Pierre Soulages. Pourtant la révolution culturelle 1/ que constitue l’ouverture de ce musée dans cette ville moyenne peu connue, préfecture d’un département resté rural, est bien à l’œuvre. Il suffit pour cela de se promener dans le centre-ville où plusieurs galeries ont ouvert 2/, où cafés et boutiques ont repensé leur décor, où les visiteurs s’égaillent nombreux, même un dimanche, un plan à la main. Lors de la « Nuit des musées », le 16 mai dernier, ce sont plusieurs milliers de personnes qui passaient d’un lieu à l’autre dans une ambiance décontractée de vive curiosité. Il faut dire que la nouvelle exposition temporaire du Musée Soulages confiée au plasticien Claude Lévêque 3/ a également installé ses néons dans la vitrine d’un magasin d’une vieille rue piétonne et dans la cour du Musée Fenaille, celui dont les statues menhirs fascinaient tant le jeune Pierre Soulages. Quant au Musée Denys-Puech, le traditionnel Musée des beaux-arts, il accueillait une partie de la collection de Daniel Cordier 4/. Cette mise en synergie des différents musées du Grand Rodez est au cœur de la stratégie de Benoît Decron, leur directeur (cf. entretien, page 61). Et elle a déjà porté ses fruits puisque le Musée Fenaille a enregistré en 2014 une hausse spectaculaire de fréquentation : + 340 % avec 38 729 entrées, celle du musée Denys-Puech est plus limitée, mais fort honorable, + 23 % (10 000 entrées). Il faut préciser qu’un billet unique permet l’entrée dans les trois musées.

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Notes

1/ Cf. notre article «Le musée Soulages à Rodez: une révolution culturelle ? », Urbanisme, n° 373, juillet-août 2010.
2/ Dont une en face du musée lui-même, ouverte par le photographe sétois de Pierre Soulages, Vincent Cunillère.
3/ Claude Lévêque, né en 1953, a représenté la France à la biennale de Venise en 2009. Un de ses matériaux de création préférés est le néon.
4/ Prêtée par le musée des Abattoirs à Toulouse qui conserve une partie de la donation Cordier au Centre Pompidou.

© Houeix/Andia
« Le musée comme lieu de vie »
Par Antoine Loubière

Entretien avec Benoît Decron, conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées du Grand Rodez

Quelles étaient vos références muséales avant de venir à Rodez? Connaissiez-vous le musée Guggenheim à Bilbao ?
Benoît Decron : Je ne suis jamais allé à Bilbao. J’avais plutôt en tête la fondation Beyeler située à Rihen près de Bâle, ou le Centre Paul Klee à Berne – deux musées conçus par Renzo Piano, l’un des deux architectes de Beaubourg – j’avais aussi comme référence la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, avec l’idée chère à Pierre Soulages d’un «musée dans un parc » mais aussi d’un musée comme lieu de vie, où on peut se restaurer, regarder des livres de collection, acheter des posters et des cartes postales… avec des salles pour les enfants, un auditorium. Un musée reste un loisir culturel. Je ne perds jamais de vue que le musée est un lieu public. Et je reste sur la définition de la loi du 4 janvier 2002 relative aux Musées de France, qui leur attribue des missions non seulement patrimoniales – de conservation – mais aussi un rôle pédagogique d’éducation et de diffusion. Pour moi, un musée est lié à la notion de générosité, d’ouverture, d’accueil.

(Lire la suite dans Urbanisme)

© Emmanuel Grimault/Andia
Une greffe sur un quartier populaire
Boris Grésillon, géographe

Le MuCEM représente l’équipement culturel indispensable à la métropole marseillaise en gestation, mais il est aussi un facteur de gentrification des quartiers populaires voisins.

Avec l’inauguration en juin 2013 du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), Marseille a rejoint le club restreint des grands musées récemment créés en région. Depuis, le MuCEM, qui regroupe les collections du Musée des arts et traditions populaires et une partie des collections du Musée de l’homme, a attiré énormément de visiteurs, démentant tous les pronostics négatifs. En très peu de temps, il est ainsi devenu un pôle d’attraction majeur du paysage culturel marseillais. Mais ce musée est plus que cela. En effet, il s’inscrit dans un vaste projet urbain, Euroméditerranée, destiné à requalifier le centre-ville de Marseille et sa façade maritime. Par ailleurs, il se situe dans un territoire particulier, hautement stratégique mais fragile, au bout du Vieux-Port, adossé au quartier du Panier et à proximité de la Joliette. Du coup, de nombreuses questions se posent: comment une périphérie urbaine devient-elle centrale ? Comment le MuCEM « travaille »-t-il son territoire ? La greffe du musée dans un quartier populaire a-t-elle fonctionné? Comment le musée redessine-t-il les circulations à l’échelle locale ? À l’échelle métropolitaine, quel rôle joue-t-il dans la reconfiguration de la façade maritime ? Sans prétendre répondre à toutes ces questions, cette contribution entend plutôt dresser un bilan de l’action du musée sur son territoire deux ans après son ouverture, et ce à différentes échelles.

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© Lisa Ricciotti/Architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta

© B. Grésillon/P. Pentsch
Nouveau waterfront culturel et quartier Euroméditerranée

© Lisa Ricciotti/Architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta
Le MuCEM de nuit
Tourisme culturel et concurrence territoriale
Jean-Michel Tobelem (Option Culture)

Le tourisme culturel est en plein essor. Mais pour assurer un succès durable à une destination, il faut traiter les problèmes de stratégie, de marketing, de promotion, de communication et de gouvernance.

Réfléchir au lien entre musées, tourisme et développement des territoires, c’est d’abord se demander ce qui motive les individus – en dehors des déplacements d’affaires – pour visiter des lieux inconnus ou pour revenir dans d’autres déjà connus. Si leurs motivations sont complexes, on peut toutefois observer que l’émergence d’une nouvelle destination de tourisme culturel est liée à un ensemble de facteurs: une histoire ou une identité forte (Berlin ou Barcelone), une offre culturelle de premier plan (Vienne ou Florence), une ambiance typique (Dublin ou Marseille), un équipement phare (Bilbao ou Sidney), une stratégie volontariste de développement (Liverpool ou Lille), des événements artistiques de portée internationale (Avignon ou Édimbourg).

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